A new hope

Un an… Pas si mal pour un blog auquel je ne croyais qu’à moitié. Evidemment, la cadence d’écriture s’est ralentie à mesure que l’excitation fourmillante initiale laissait place à la raison, aux occupations professionnelles et à la nécessité d’organiser mes idées, de les fédérer pour qu’elles puissent se prêter à un travail de longue haleine…
Bref, je ne passe pas moins de temps qu’avant sur ce blog, mais je dois réfléchir un peu plus avant de laisser courir la plume, sinon l’histoire deviendra bancale et vous vous en lasserez à juste titre.
Notez que je parle essentiellement du "roman" (il faudrait mettre des triples guillemets là, enfin bon); les petits essais parallèles continueront sans doute à éclore çà et là au gré des envies, même si j’aimerais avancer autant que possible dans mon projet principal. On verra bien.
Assez bavardé pour aujourd’hui, je vous laisse entre les mains inconnues mais expertes de votre nouvel ami, en vous souhaitant bien évidemment tous mes voeux pour l’année à venir :)
 


 
Kot écarta les pans de la tente et sortit en silence; il avait l’habitude, lorsque ses occupations ne le lui interdisaient pas, d’assister au lever du soleil, tout particulièrement lorsqu’il traversait l’Aïlbar. L’aube colorant le sable avait sur lui un pouvoir hypnotique, et le fourmillement de vie à cet instant l’émerveillait: les créatures de la nuit s’enfouissaient dans le sable ou trouvaient des rochers où s’abriter, tandis que les être diurnes s’éveillaient soudain et partaient hâtivement en quête d’un repas avant que la chaleur ne devienne insupportable.

La journée serait torride, même selon les normes de cette région… Kot but lentement quelques gorgées d’eau, reboucha sa gourde et médita. Il avait deux jours de retard sur son itinéraire; il devrait donc passer plus au nord, même si la perspective de croiser des Donates en chemin ne l’enchantait guère. Mais il n’avait pas le choix: Mudiil avait été très ferme sur la date à laquelle le contrat devait être exécuté à Ikalj.

Un fennec s’approcha lentement de lui en le contournant; il avait probablement senti l’eau dans le souffle de Kot. Les êtres vivant dans cette région avaient développé des capacités exceptionnelles pour survivre, et Kot avait souvent suivi leur instinct pour repérer une charogne gorgée d’eau ou la piste d’une oasis.

Il se considérait lui aussi comme une créature du désert, et de ce fait s’interdisait toute compassion: partager quelques gouttes de son eau avec ce fennec assoiffé n’aurait prolongé sa vie que de quelques jours; seuls les plus forts et les plus autonomes subsistaient ici. Aider un faible n’était pas un simple gâchis sentimentaliste; c’était un acte contre nature, car une sélection naturelle impitoyable était la seule réponse possible de la vie à un environnement aussi hostile.

Kot grimaça tout de même lorsque tout près du petit animal le sable ondula et que le dard long comme une main d’un scorpion cristal se planta dans l’aine du fennec avec un bruit mat. La victime s’était à peine écroulée que deux pinces colossales l’agrippèrent et l’attirèrent sous le sable. Quelques secondes plus tard, toute trace du combat avait disparu; seule une longue expérience du désert pouvait remarquer les petits cercles concentriques de sable à la surface, traces habituelles de la chasse des scorpions.

La scène s’était déroulée trop près de la tente au goût de Kot; il l’avait probablement plantée sur le domaine du féroce prédateur, et ne préférait pas prendre davantage de risque. Lui avait des réflexes suffisants pour empoigner l’abdomen du plus rapide des scorpions et immobiliser son dard; il ne pouvait pas en dire autant du jeune dormeur. Il se leva et retourna vers la tente; le disque solaire se détacha de l’horizon.
 


 
Enchaînée au mur, Mione hurlait, martyrisée par des golems armés de fouets et de couperets; Eirko fendait l’air de son sabre, éliminant ses ennemis un par un pour se rapprocher de sa soeur, malgré l’air épaix comme de la poix qui semblait étouffer le temps. Chaque coup sur elle répandait son sang sur les carreaux de marbre noir; chaque monstre qu’il égorgeait tombait en poussière et d’autres comblaient le vide. La distance à parcourir pour sauver Mione s’étirait, les reflets des couperets se faisaient plus éclatants, l’air devenait huile autour de lui, les cris moururent soudain et mille lames lui traversèrent le ventre…

Eirko se réveilla, hoquetant, assailli d’une douleur sourde mais atroce qui embrumait son esprit et ses sens. Il mit plusieurs minutes à la surmonter et à réaliser qu’il se tenait allongé dans un lieu au plafond très bas… Une tente. Il inspira très doucement, pour ne pas aggraver sa blessure, et un bouquet d’odeurs familières l’envahit: il était de retour…

Evidemment. Le Donate qui l’avait poignardé ne voulait pas qu’il meure si facilement; il le ramenait à ses frères pour qu’ils le torturent toute une éternité… Ignorant la souffrance, Eirko poussa sur ses coudes pour se redresser; aveuglé par l’effort, il ne se rallongea pas assez vite lorsque la toile brune face à lui se souleva et laissa passer un Donate.

Un Donate étonamment petit, à la peau sombre et aux cheveux longs et sales; un Donate tout de même, épaules larges, toison dorée et regard de glace. Les mains d’Eirko fouillèrent le sol à côté de lui en quête d’une arme potentielle; son geôlier eut un sourire sans joie.

– Reste calme, gamin. Tu ne veux pas te rouvrir le ventre, si ?
– Pourquoi pas ? Vous me voulez vivant, non ? Je pourrais…
– Ca ne me dérange pas plus que ça de te laisser crever ici, en fait. Tu pourrais m’être utile bientôt, mais je peux me passer de toi si tu fais l’imbécile. En tout cas ne compte pas sur moi pour te sauver encore la vie.

Etranges propos. Une idée choisit ce moment pour faire surface en lui: ce n’était pas lui qui l’avait poignardé. Son agresseur était un Donate typique, violent, arrogant, haineux… Celui-ci avait plutôt l’air blasé d’un vieux loup de mer, incapable de sentiments ou d’états d’âme.

Eirko se reprit: cet individu était un Donate; il ne méritait que haine et mépris. La férocité soudaine de son regard fit hausser les sourcils de bourreau.

– Inutile de me remercier, évidemment. Allez, on repart.

Trop faible pour envisager la moindre tentative d’évasion ou de combat, Eirko vit l’homme plier sa tente, se harnacher au brancard sur lequel il dormait et se mettre en route, dos au soleil. Il supportait son fardeau sans broncher, mais sans non plus jeter un regard en arrière pour s’assurer qu’Eirko supportait la chaleur. Lorsque le soleil fut assez haut, il s’arrêta, épongea d’eau son visage et celui de son prisonnier et se remit en marche sans un mot.

– On va où comme ça ? A Bar ? finit par demander Eirko.
– Bien sûr que non. T’as des tendances suicidaires, c’est ça ?
– Non, mais vous êtes un Donate, et je me suis…
– Tais-toi donc, on parlera plus tard.

Eirko mit le durcissement du ton du Donate sur la fatigue; marcher en plein désert par plus de cinquante degrés était excessivement pénible, alors en traînant un poids mort dans son dos… Lorsque le soleil couchant embrasa le ciel et disparut enfin, il s’arrêta au pied d’une dune et s’assit en tailleur, face à Eirko. L’épuisement marquait son visage, mais il mit toute la fermeté nécessaire dans sa voix.

– Ecoute bien, gamin. Tout d’abord, mets-toi ceci dans le crâne: je ne suis pas un Donate, ou du moins pas selon tes critères. Je suis né au mauvais endroit, au mauvais moment, mais ce sont les actes qui déterminent ce que nous sommes, et tu ferais bien de me juger sur ce que je fais et non sur l’image que je te renvoie. Je hais les Donates au moins autant que toi.

Il dut voir qu’Eirko était partagé entre la méfiance et l’incrédulité, et se fit moins virulent.

– Ca te fera sans doute plaisir de savoir que j’ai fait la peau au gars qui t’a amoché. Une chance que j’étais dans le coin, hein ?
– Et la, euh, demoiselle qui était avec moi ?
– Celle qui jouait du clavecin ? Je ne sais pas… Elle a dû s’enfuir, je ne l’ai pas revue. Oh, oublie ça, tu veux ? Ce que tu dois savoir, pour le moment, c’est qu’on va à Ikalj pour que je règle une affaire urgente; ensuite… J’ai décroché un contrat sur des Donates, et si tu as un peu de plomb dans la cervelle je pourrais bien envisager de te proposer de m’aider. Tu t’es enfui de Bar, n’est-ce pas ?
– Une affaire ? Un contrat ? Vous êtes… marchand ?
– Ha ! Pourquoi pas, oui… Mais je te souhaite de ne jamais être le destinataire d’une de mes commandes.
– Oh, je vois, vous…
– C’est ça.
– Je pensais qu’un… mercenaire travaillait seul…
– Généralement, oui. J’ai eu plusieurs équipiers mais aucun ne m’a survécu; pour ta santé tu ferais mieux de déguerpir dès que tu auras tranché quelques têtes blondes avec moi. Enfin, nous n’en sommes pas là; dors.

Kot avait planté la tente en discutant; il vérifia machinalement au-dehors puis s’allongea en tournant le dos à Eirko et ronfla ostensiblement. Le jeune Bari tenta de mettre un peu d’ordre dans ses idées mais la brusque variation de température qui avait marqué la tombée de la nuit lui avait ôté ses dernières forces, et il sombra dans le sommeil.

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