Muse, le retour

Encore un jour bien spécial ! Vous allez croire que je n’écris plus que pour les anniversaires, mais non… L’épisode d’aujourd’hui est en cours d’écriture depuis plus de deux semaines, c’est presque un hasard s’il est terminé en ce jour: presque… En fait j’aurais aimé le fignoler un peu plus, mais demain je n’aurai pas le temps (j’aurai beaucoup mieux à faire ;-))… Et honnêtement, autant qu’il sorte juste à temps pour souhaiter un

JOYEUX ANNIVERSAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIRE

à ma chère cousine Nanou ! Neuf ans et cent trente kilomètres ne m’empêcheront pas de t’envoyer une pleine fournée de bisous et de voeux !

Pour ce qui est de votre feuilleton fantasy favori, chers amis, je vous demanderai un petit effort mental pour me faciliter la tâche: ayez à l’esprit que la première partie de l’épisode d’aujourd’hui se place un peu plus tôt dans l’histoire, juste après que Rhacca et Eirko aient fui Ienon. La seconde partie suit quant à elle le dernier chapitre en date.
Merci de votre attention 😀




– Tu es un fou, Leshrac, d’ignorer ainsi les présages.

La pâle phosphorescence des vers luisants enchassés dans la lanterne grisâtre suffisait tout juste à projeter des ombres d’une noirceur absolue dans le caveau obscur. Celle du vieux et puissant Voyant écrasait toute la pièce et aurait pu faire passer l’ascétique silhouette de Lyswin pour celle d’un enfant, bien que la puissance de sa voix résonnât longuement sur la roche.

– Tu es un fou, te dis-je ! Les Puissants s’agitent fébrilement, s’apprêtent à s’entretuer de nouveau dans les contrées du Sud, les Centaures descendent des hauts plateaux où la chaleur est devenue insupportable même pour eux… La terre se réveille et soupire tout autour de nous ! Tu ne peux pas nier l’évidence !
– L’angoisse te ronge, Lyswin, et te fait proférer des paroles insensées, répondit calmement le vieillard. Je sais tout cela, depuis bien plus longtemps que toi.
– Mais alors pourquoi ne fais-tu rien ? Pourquoi notre peuple reste-t-il confiné dans les ténèbres ? Nous sommes peu nombreux, mais nous devons agir ! As-tu oublié les serments qui nous lient depuis les âges antiques ?

Leshrac ne répondit pas; le regard sévère que renvoyaient ses immenses pupilles noires parlait pour lui.

– Non, bien sûr, notre Voyant ne saurait oublier cela. Mais que fais-tu alors ? Crois-tu réellement que rassembler quelques demi-sang pourra changer quelque chose aux événements à venir ?
– Je le crois en effet; nous devons réunir nos forces, car comme tu l’as fait remarquer, nous sommes bien peu pour lutter contre le destin. Mais n’aie crainte, Lyswin: je sens comme toi l’odeur du danger, et nous serons prêts à nous battre si les dieux le veulent.

Implicitement congédiée, Lyswin quitta silencieusement la demeure du Voyant. Ses propos auraient dû la rassurer, mais ses talents prédicatoires ne lui offraient plus que de rares visions d’un avenir sombre et livré au chaos. Le coeur serré, elle maudit ses ancêtres: les enfants de Shelay’na retrouveraient-ils un jour leur glorieuse puissance ?


Murmurant dans l’ambiance feutrée de la salle commune en cette fin de matinée, les deux jeunes fuyards s’installèrent au fond de la pièce; le clavecin sommeillait à quelques mètres de la véranda ensoleillée. Quelques minutes plus tard, les premières notes d’une vieille ballade Tysannaise s’écoulèrent lentement.

   J’ai frappé à la porte de la mer
   J’ai marché sur un rail de lumière
   Si mes pieds n’ont pas quitté la terre
   Mon coeur s’est coloré de bleu-vert

   J’ai glissé sur l’écume déferlante
   Ouvert mes ailes à la brise hurlante
   Tandis que les sirènes indolentes
   M’accompagnaient au fond, fées galantes

   J’ai connu cet univers intime
   L’énergie foisonnante des coraux
   La quiétude fourmillante des abîmes
   Et les myriades charriées par les flots

   Les opales de ce monde lumineux
   Emportèrent regrets et vagues-à-l’âme
   Apaisant mes souvenirs anxieux
   Au goût du sel, au fracas des lames

   J’ai frappé à la porte de la mer
   J’ai marché dans un rail de lumière
   Si mon corps me retient à la terre
   Mon coeur est aussi léger que l’air

Eirko n’avait jamais vu la mer, mais la mélodie lancinante autrefois interprétée par sa tante l’avait fasciné, et il s’efforçait aujourd’hui de transmettre cette émotion au travers de sa propre voix; les notes cristallines et fragiles jouées par Rhacca vibraient elles aussi de mélancolie.

La ballade s’acheva avec quelques brefs applaudissements peu enthousiastes, mais ils avaient réussi à attirer l’attention, et lorsque le vieux clavecin retentit des premiers accords de la Geste de Mondego, Eirko devina que cette fois, il ne serait pas le seul à chanter.

Composée en des temps immémoriaux, cette épopée musicale (qui, lorsqu’elle était jouée dans son intégralité, durait près d’une heure) relatait les aventures de Mondego, né domestique et devenu Roi de toutes les contrées connues après avoir vaincu quantité de dragons et de sorciers de légende. Polie et vernie par les âges, l’histoire était devenue tradition, et qu’elle eût été ou non fondée sur un semblant de vérité n’avait plus la moindre importance: Mondego était un idéal, un héros porteur d’espoir, et son évocation ne manquait jamais de réchauffer les coeurs.

Les clients de l’auberge s’étaient donc attroupés auprès des musiciens, et jouissaient de cet instant de détente avant de déjeuner et de reprendre la route; le son métallique du clavecin ajoutait une touche solennelle à la Geste, et Eirko se concentrait de toutes ses forces pour se souvenir des paroles et des intonations nécessaires.

Il ne vit donc pas émerger du public un homme sans âge, vêtu d’une longue bure de cuir, dont seul un rictus canin et d’épais cheveux blonds ornaient le visage; de sa poche sortit une longue dague effilée. Rhacca hurla, et Eirko leva les yeux juste à temps pour reconnaître l’un des Donates qui avaient torturé son père. Il tenta de se protéger avec ses bras, mais le Donate fut plus rapide, et la dague s’enfonça dans son ventre jusqu’à la garde.

L’homme fut certainement maîtrisé par les clients de l’Elan Joyeux; Victoria et Gregor se lamentèrent sans doute longtemps sur cette bien triste journée; Eirko fut probablement enterré quelque part aux alentours. Un chiffon humide recouvrit la bouche de Rhacca, et elle ne cessa de hurler que pour sombrer dans les ténèbres.

Une réflexion au sujet de « Muse, le retour »

  1. nanou

    Merci pr le bon aniversaire, je sais je suis longue a la detente! mais je te souhaite tout plein de bonheur (L)

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