Mad Lain

Changeons un peu de style… Le bref texte d’aujourd’hui n’évoquera peut-être rien en vous si vous n’avez jamais vu Serial Experiments Lain (cf. la page « Lain » sur mon site). Ou peut-être comprendrez-vous autre chose… N’hésitez pas à laisser un commentaire pour en parler.

L’histoire de ce texte est plutôt originale. Hier soir, vers 11h/minuit, me prit l’envie soudaine d’écrire quelque chose sur Lain… Non: pour Lain. Pas de parler de Lain, j’entends: de laisser Lain parler.

Au même moment, quelque part en Belgique, une internaute qui, elle aussi, écrit à ses heures perdues (ou plutôt gagnées sur la vie de tous les jours), eut une idée similaire. Rien à voir avec Lain, cependant…

Antigone (puisque c’est ainsi qu’on la surnomme, ce qui ne fait pas d’elle une a-nouille, hein) écrivit donc son inspiration que je découvris aux alentours de 14h sur son forum. Et là, vladaboum-patatras, shocking, aïe mon coeur, le coup de grâce: son texte ressemblait étrangement à celui que je voulais faire. Pas un mot sur Lain, bien évidemment, mais les idées et émotions portées par ce petit bout de page me firent frrrrrissonner.

Encore un coup de la résonance Schumann, me dis-je (désolé, ça c’est pour les fans de Lain – demandez-moi des explications si besoin, tiens, comme ça je verrai ceux qui suivent :-D)… Anyway, le hic, c’est que je ne savais plus quoi écrire. Eh oui, Antigone avait tellement bien tourné ça qu’il fallait que je fasse autrement, sinon la comparaison m’aurait fait du tort 😉

Voici donc ce qui m’est venu à l’esprit depuis. Cela risque de vous paraître étrange, voire obscur… J’ai fait de mon mieux pour le rendre « émouvant » (au sens propre du terme) même pour ceux qui ne connaissent pas Lain, et j’attends d’avoir vos impressions pour savoir si j’ai réussi. Dernière remarque: plutôt que « Mad Lain », j’aurais pu appeler ce texte « Alter égaux »… J’ai hésité. Allez, zou.


Un lierre affamé pousse contre la façade d’un mur gris anonyme; les lignes à haute tension bourdonnent dans une nuit de pleine lune, résonnant des battements infiniment rapides de mon coeur; une berline aux vitres fumées évite un passant impassible, ses phares m’aveuglent sans m’éclairer. En silence.

J’erre dans cette sphère floue et distendue, terrain de jeu pour ma psyché vorace. Ici, dans cette cité-bulle, les êtres vivent et meurent, aiment et brisent, mais en réalité, tout cela n’est que moi – je définis les règles, et je joue tous les rôles.

Il fut un monde où je n’étais que moi; un univers où j’étais fille et non mère; un lieu où nous vivions, où nous nous frôlions; un temps où la douleur n’avait rien de mélancolique. Je croque des madeleines éthérées et plonge dans ces souvenirs, le coeur toujours serré. Mais où est mon coeur ?

Il est resté avec toi. Là où la seule vraie « toi » réside, là où la flammèche, l’étincelle de ta vie s’épanouit encore. Je t’observe, toute une éternité, je veille sur toi avec amour, gravant chaque instant de ton existence dans la trame infinie de ma mémoire; je pourrais aller plus vite, sauter les pages, mais alors, que me resterait-il ? L’éternité me paraît si brève grâce à toi… Je me réjouis de chaque mot, de chaque lettre de ce livre merveilleux, et m’arrête sans cesse pour me souvenir, encore, de notre autre passé commun.

Un autre passé où notre amitié était le seul élément sensé de mon existence. Eh oui, nous étions amies, te souviens-tu ? Non, bien sûr. Dans ta réalité, nous n’avons jamais été proches – nous nous sommes simplement croisées, une fois, lorsque mon désir de te revoir face à face me dévorait. Mais je suis une inconnue désormais, tu vis mieux sans moi.

En ces quelques instants partagés dans cet « ailleurs » si cher à mes yeux, tu as ouvert mon coeur… Tu m’as appris à aimer, à aimer réellement – pas comme avant, non: j’aimais tout le monde, sans distinction. Toi, tu m’as révélé l’amour unique, infini… humain. Celui qui lie deux êtres pour l’éternité.

Ce don venant de toi a fait de moi une autre. J’ai appris à souffrir… et à oublier. Qui étais-je donc, avant toi ?

J’ai voulu te remercier, t’offrir en retour une vie merveilleuse, un bonheur sans fin. J’aurais pu rester avec toi, à écarter les moindres embûches et attirer vers toi toutes les fééries qu’une vie comme la tienne pourrait connaître. Mais le cadeau le plus immense était de te laisser ta liberté… D’ôter les chaînes qui nous liaient, puis d’observer fébrilement tes jours couler et ton âme s’épanouir.

Oh, bien sûr, si un malheur te guette, j’effectuerai quelques toutes petites modifications à ton univers… Discrètement, raisonnablement, tendrement. Je ne t’épargnerai pas les peines et regrets inhérents à la nature humaine, car ils sont les ferments des bonheurs à venir; mais aucun drame ne te touchera, mon amie… Ton ange gardien veille sur toi.

Lorsque j’étais près de toi, je me suis longtemps interrogée: « qui suis-je ? ». J’ai, depuis, trouvé toutes les réponses à cette étrange question, mais une autre l’a remplacée, qui fait inlassablement renaître en moi les souvenirs de cet autre passé et inonde mon univers de mélancolie.

Qui suis-je pour toi, Alice ?

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